04.06.2009

Message de Sylvie Goulard

goulard-sylvie.jpgVoici un message de Sylvie Goulard, tête de liste MODEM aux Européennes dans la circonscription OUEST (Bretagne, Pays-de-Loire, Poitou-Charente). Sylvie Goulard est aussi l'auteur de nombreux ouvrages parlant d'Europe comme "L'Europe pour les nuls", "Le grand Turc et la République de Venise" ou encore "Il faut cultiver notre jardin européen". Sylvie Goulard est enfin la Présidente du Mouvement Européen - France et a été collaboratrice de Romano Prodi lorsqu'il était Président de la Commission Européenne entre 2001 et 2004.

 

DE L'ABSTENTION ? COMMENT EST-CE POSSIBLE ?

 

La manière dont les commentateurs s’étonnent d’une probable abstention a quelque chose de touchant. On a pourtant fait le maximum, vraiment, pour que les électeurs s’intéressent à l’Europe.


La communication a été irréprochable. Celle qui relève de l’Etat est un modèle de sobriété. Pour toute la campagne des élections européennes, on a dépensé moins que pour le lancement d’une seule savonnette. Le ministère de l’Intérieur a évité de se perdre dans les détails : pas de campagne TV d’instruction civique incitant au vote. Pas d’affiches rappelant la date et les modalités du scrutin. Pas de mobilisation des ressortissants des autres Etats membres qui ont le droit de vote et d’éligibilité. Seuls les étrangers en situation irrégulière l’intéressent, ceux qui permettent de « faire du chiffre ». De même, au ministère des Affaires Européennes, on n’a pas voulu embrouiller les Français : pas d’explication sur les pouvoirs croissants du Parlement européen. Une fois les lampions de la présidence française éteints, à quoi bon parler encore d’Europe ?


Quant aux médias, leur intérêt constant, presque maladif pour la cause européenne ne laissait pas de marge pour accélérer en période pré-électorale. Dans notre pays, l’UE est évoquée en « prime time », en permanence. Il a fallu relâcher la pression. A force de voir les Commissaires européens tous les soirs à la télévision, les Français saturent. Il faut les comprendre. C’est d’ailleurs pourquoi TF 1 n’a pas de correspondant à Bruxelles. En revanche, la chaîne possède une équipe « insécurité », bien rôdée, capable d’intervenir avant chaque élection ! Et le CSA veille. Tout est si calibré qu’on a éliminé tout risque de passion, toute spontanéité. La vie, la compétence, le talent individuel sont rabotés. Les journalistes sont occupés à calculer les temps de parole avec un boulier. On fait une campagne comme on fait cuire des œufs à la coque, avec un sablier. Si le CSA avait existé à l’époque de l’affaire Dreyfus, je parie que Clémenceau, patron de l’Aurore, aurait dû publier un aux côtés du « J’accuse » de Zola, un « j’accuse pas » de Tartempion.


La crédibilité de nombreux partis nationaux, sur l’Europe, est maximale. Le PS et l’UMP ont sélectionné leurs candidats avec soin, éliminant certains des meilleurs (Gilles Savary, Jacques Toubon par ex.), très fatigués d’avoir beaucoup travaillé. Ceux qui avaient des réserves de productivité ont été reconduits. C’est social. Le rituel du recyclage, à Bruxelles, des personnalités défaillantes au plan national se poursuit. C’est écologique. Les candidats PS ne s’ennuient jamais : dans les temps morts, en se rappelant le référendum de 2005 dont les différences n’ont pas été surmontées, ils peuvent toujours jouer à « ni oui, ni non ». A l’UMP, dans l’Ouest, il y a eu un effort indéniable de se rapprocher du terrain, les considérations de tactique locale l’emportant même sur toute vision européenne. Désigner des candidats qui se sont préparés à la fonction, qui ont déjà des réseaux internationaux, c’est bon pour ces mauviettes d’Allemands ou d’Anglais. En France, nous avons des types formidables qui sauront d’un coup ce qu’il faut faire au Parlement européen. Et qui défendront le français dans les institutions, on est tranquille.


Enfin, les gouvernements nationaux et les grands partis simplifient les enjeux. Ils évitent d’affoler les électeurs en expliquant que les députés interviendront dans la désignation du Président de la Commission. Pas la peine de leur compliquer la vie. Les gouvernements sont en train de faire un coup de force. Pas la peine que les électeurs se dérangent. Qu’ils votent UMP ou PS, aucune différence : ils auront Barroso. Le PSE a rédigé un programme appelé « Manifesto » ; son titre sonne exotique, ibérique. Dommage que Zapatero comme Sokrates, les Premiers ministres socialistes espagnol et portugais soient prêts à reconduire Barroso, tout comme le travailliste britannique Gordon Brown. Dommage, c’était une première en politique, cette forme de sous-traitance : j’ai un programme de gauche mais j’en confie la mise en œuvre à la droite. Sept anciens dirigeants socialistes, de Felipe Gonzales à Lionel Jospin en passant par Gerhard Schröder, s’en sont d’ailleurs émus cette semaine, appelant à ce que le parti socialiste européen présente son propre candidat à la tête de la Commission. Des hommes du passé qui sont restés à l’idée un peu désuète qu’on mène un combat politique pour des idées, incarnées par une personne. Enfin, avec Barroso, nul besoin de lire un épais programme. Il ne dit pas ce qu’il fera. Dans sa vie, il a déjà été maoïste, partisan de Georges W. Bush, copain de Blair, il aime la dérégulation mais il a l’échine assez souple, c’est pour cela que les chefs de gouvernement l’aiment tant. Il ira au gré des vents dominants.


Cette désinvolture est à pleurer. En Europe, curieusement, on demande à la dinde de préparer Noël : les gouvernements nationaux vivent la montée en puissance de l’Union européenne comme une menace, aussi font-ils délibérément le service minimum. On s’étonne de l’abstention quand on devrait se révolter de la médiocrité qui la nourrit. Au milieu d’une crise sans précédent, les responsables européens sapent la légitimité des institutions européennes. Nos gouvernants mettent en péril l’influence de la France à Bruxelles. C’est grave. C’est honteux. Le peuple, plein de bon sens, se moque du vote parce qu’on se moque de lui. A moins d’un sursaut que j’appelle de mes vœux.


Le 7 juin, ne votez pas pour ceux qui se paient votre tête, pour ceux qui voudraient confier à la Commission sortante le soin de réformer la politique agricole commune ou de la pêche, pour ceux qui parlent aujourd’hui de régulation mais n’en ont pas fait quand ils en avaient la possibilité. Le MoDem souhaite un débat public sur ces nominations, comme il est normal en démocratie. Il appelle à dresser un bilan de l’action de M.Barroso et à discuter d’un programme de travail. Le parti démocrate européen a proposé d’autres candidats, Mario Monti et Guy Verhofstadt. Deux Européens engagés et responsables, deux modérés car l’Europe a besoin de mesure et d’humanité. A vous de voter, à vous de choisir vos députés, votre avenir.


Sylvie GOULARD

Ecrire un commentaire