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15.04.2008

Berlusconi pour la troisième fois

Le leader de la droite italienne a remporté les élections législatives italiennes anticipées hier soir. Son challenger Walter Veltroni n'a pas pu faire face à la vague bleue enregistrée en Italie. Il n'a pas réussi notamment parce que son parti était encore en constitution lors du lancement de la campagne.

Que ce soit au Sénat ou à la Chambre des députés, la droite sera majoritaire. Sortant d'une coalition fragile de centre gauche à l'extrême gauche, l'Italie a voulu donner une marge de manoeuvre suffisante à ses dirigeants. Cette coalition de gauche emmenée par Romano Prodi avait chuté fin janvier à cause de Clemente Mastella, alors Ministre de la Justice et Président de l'UDEUR (Union des Démocrates Européens – centre). Toute la fragilité politique italienne s'était illustrée au cours de cet événement. On se souvient des cris au Sénat lors du vote de la motion de censure contre le gouvernement Prodi et des sénateurs de droite débouchant le Champagne dans l'hémicycle ou même d'un Sénateur de Alleanza Nazionale mangeant un morceau de Mortadelle représentant Bologne, la ville de Prodi. La politique italienne est donc d'une puérilité à toute épreuve. Berlusconi qui avait perdu les élections d'une poignée de voix en 2006 demandait à chaque intervention publique de recompter les bulletins de vote et ce jusqu'en décembre 2007. Il n'avait vraiement pas digéré sa défaite pourtant salutaire pour l'Italie alors même qu'il avait utilisé des méthodes frauduleuses pour tenter de l'emporter : envoi de sms le jour du scrutin, demande d'envois de mms par les électeurs prouvant leur vote en faveur de la droite en échange de rémunération...

Pour cette élection anticipée de 2008, il semblerait que des méthodes similaires aient été utilisées par la mafia sicilienne et la mafia calabraise dont les bulletins de vote sont acquis à Berlusconi depuis bien longtemps. En tout état de cause, le leader de la droite italienne l'a emporté et il faudra faire avec de l'autre côté des Alpes. Quels ont été les enjeux politiques lors de cette élection? On peut citer la crise économique italienne, la crise des déchets en Campanie, l'éternel fossé Nord Sud, les infrastructures longues à se développer, la corruption en politique, le systéme électoral et la loi électorale, les liens avec le Vatican, les avancées sociales...

L'Italie déjà bien en retard économiquement et socialement, ce n'est certainement pas Berlusconi et son parti qui vont réussir à relever ce magnifique pays. En effet, ils vont devoir encore une fois gouverner avec la Ligue du Nord, parti d'extrème droite réclamant l'autonomie du nord de l'Italie, économiquement plus en avance que le sud. Ce parti est aussi celui qui avait sorti en 2004 la loi sur l'immigration très très peu favorable à l'entrée sur le territoire pour les populations extra communautaires et à la limite de la légalité pour les citoyens de l'Union Européenne. Il faut donc craindre que ce parti d'extrème droite anti européen ait une influence trop importante sur Berlusconi. En effet, Berlusconi n'aura la majorité absolue à la Chambre qu'avec les sièges de la Lega Nord. On retombe donc dans les fragilités du système politique italien où les coalitions contre nature sont nécessaires pour gouverner. Berlusconi a su prouver par le passé qu'il savait faire, on peut alors se demander si cette alliance droite – extrème droite est réellement contre nature !

Quoiqu'il arrive, c'est le Pape et la Conférence Episcopale Italienne qui vont être contents. Ils vont pouvoir encore s'ingérer joyeusement dans la politique italienne sans vergogne. C'est eux qui avaient appelés à l'abstention sur le référendum sur l'avortement, c'est eux encore qui ont poussé pour que le PaCS italien ne voient jamais le jour... Ils sont donc importants en Italie et encore plus influents lorsque la droite est au pouvoir.

Revenons maintenant sur la personnalité du futur Président du Conseil : Silvio Berlusconi. Il a déjà été deux fois à ce poste de 1994 à 1996 et de 2001 à 2006. C'est le seul à avoir réussi l'exploit de terminer un mandat. Parti de rien, vendeur d'aspirateurs, il est devenu l'homme le plus riche d'Italie. Il détient un club de football, le Milan AC, trois chaînes de télévisions (Rete 4, Canale 5 et Italia 1). Il est donc évidemment très proche de la Confindustria (association des patrons italiens). Vu comme le sauveur de l'Italie, ce vieil homme de 71 ans n'a peur de rien pour le paraître. Un trait de caractère et de marketing politique qui le rapproche en de nombreux points du Président français. Marié à une femme plus jeune que lui, maintes fois trompée, adepte du lifting et des lampes à UV, Berlusconi s'est fait changer le coeur après une attaque cardiaque lors d'un meeting dans la province de Parme pendant l'hiver dernier. Mais cet homme a une confiance absolu dans le système chirurgical de son pays et même de l'Union Européenne, car l'intervention chirurgicale a eu lieu non pas en Italie ou en Allemagne ou même en France ou au Royaume-Uni mais aux Etats-Unis chez son ami Georges W. Bush. Un ami qu'il apprécie énormément puisqu'il l'a aidé à intervenir en Irak avec quelques milliers de soldats contre la volonté des Italiens. En réalité, il n'a fait que suivre toute sa ribambelle d'amis : Aznar en Espagne, Blair en Angleterre, Kascynzski en Pologne. Dans l'Europe d'aujourd'hui, nombreux sont ses amis : Merkel, Brown, Vaclav Klaus en République Tchèque et Sarkozy bien évidemment, aussi petit et autoritaire que lui. Berlusconi entretient également de très bonnes relations avec les Grands dirigents d'entreprises. Avec les médias, on n'est pas dans la stratégie Sarkozy de copinages avec les rédacteurs en chef et les directeurs de l'information puisque c'est lui le patron des plus grands médias. C'est donc logiquement du Grand chef que viennent les directives. Et maintenant qu'il va être Président du Conseil pour la troisième fois, il aura aussi la main-mise sur les chaînes publiques de TV. Je parie sans prendre beaucoup de risque qu'une épuration intellectuelle aura lieu à la RAI dans les 12 prochains mois. Pour tous ceux qui ne connaissent pas encore bien les problèmes de conflits d'intérêts en Italie, je conseille vivement de regarder le documentaire VIVA ZAPATERO. Il faudra donc être patient en Italie et il faudra supporter nos concitoyens européens transalpins face à ce qu'il se passera dans leur pays en mettant l'accent critique sur les dérives politiques à venir qui seront malheureusement inévitables.

Je communiquerai les résultats définitifs au plus tôt avec la projection en sièges.

Commentaires

C'est clair l'Italie mérite mieux.

1. Berlusconi est devenu riche par héritage. En fait l'origine de sa fortune est mystérieuse.

2. Il est détesté par les juges et a tout fait pour leur mettre des bâtons dans les roues. Il a modifié certaines lois, notamment pour choisir son tribunal. Ca lui permettait à la fois de choisir son tribunal et de reprendre les procès du début...

3. Pour avoir vu le film de Sabina Guzzanti, SB est tout puissant chez lui.

Je ne sais pas ce qu'on peut faire depuis la France, il faudra aider nos amis démocrates italiens.

Ecrit par : Jean-Marie Fayette | 16.04.2008

Tout à fait Jean-Marie,
Nos amis du PD italien vont avoir grand besoin d'aides surtout pour faire passer des informations justes. La main-mise sur le reseau mediatique est telle qu'il y a très fort à parier qu'il y aura des transformations de la vérité. Comme tu le rappelles également, et je m'excuse de l'avoir oublié dans ma note, la Justice italienne va fortement s'affaiblir pendant le mandat Berlusconi. Il faudra là aussi être vigilant et transmettre ce que pensent les Européens de l'Italie.
En gros, il y a beaucoup de travail pour la démocratie, elle n'est jamais acquise pour toujours.

Ecrit par : Ben | 17.04.2008

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